Le narcissisme à l'adolescence

 

 

Au niveau pathologique le narcissisme se définit par un désintérêt à l’égard du monde extérieur, et une image de soi grandiose.

Dans le développement normal de l’adolescence, l’adolescent doit choisir de nouveaux objets, mais il doit aussi se choisir en tant qu’objet d’intérêt de respect et d’estime.

Le narcissisme de l’adolescent peut être parallèle à celui des parents projeté sur l’enfant devant réaliser les fantasmes des parents. Il existe alors un risque de dévalorisation dû à l’impossibilité de satisfaire le narcissisme des parents. En deçà de la problématique objectale, de sa relation à la réalité, le temps de l’adolescence renvoie à la différenciation entre l’intérieur et l’extérieur, ou le sujet interroge pour redécouvrir l’évidence du sentiment d’exister. Il peut alors s’agir d’un après coup de la relation primitive avec l’objet primaire. Une faille vécue à ce premier temps peut avoir de lourdes répercussions à l’adolescence lorsque cette expérience est ravivée.

Il est donc impératif de donner du sens à l’illusion créative par la prise de conscience ou le renforcement du « je » de l’identité et des identifications fondamentales.

Le risque de l’envahissement du sentiment d’inanité et d’angoisse narcissique archaïque de la psyché dès lors que les premières expériences objectales soient quelque peu défaillant est lourd. Les assises narcissiques sont alors d’autant plus fragilisées lorsque l’adolescent se pose comme sujet autonome avec son identité sexuée, face à un milieu familial qui a une emprise sur lui. La permanence de l’objet correspond à la seule réassurance possible contre l’envahissement par un excès d’excitation.

C’est à travers le narcissisme que l’on retrouve les fondements de l’identité.

 

Le risque d’évoluer vers une psychose est donc d’autant plus accru à l’adolescence, car c’est une lutte entre un conflit identitaire actuel et la fragilité narcissique primaire associée à des non dits, mensonges, secrets, hésitations de la place accordée dans la filiation.

La réactualisation de la problématique œdipienne peut agir alors comme déclencheur de l’effondrement narcissique précaire. A l’adolescence il y a prééminence des investissements narcissiques, ainsi que dans ses relations objectales. La persistance du règne du narcissique et du moi idéal axée autour de la difficulté à désinvestir l’objet narcissique, renferme le sujet sur lui même et dans le monde du psychotique. C’est alors que l’adolescent a recours à la mobilisation des pulsions destructrices et aux défenses psychotiques.

 Il s’agit là d’un retrait de la libido dont l’objet était investit.

Le moi accumule toute la libido et l’objet s’en détache. La coupure avec l’objet est liée à un arrêt de la circulation de la libido.

Selon Lacan le moi prends naissance dans le miroir. Par conséquent il y a une régression au stade du miroir. Le stade du miroir est le moment ou le sujet constitue en un Moi cet objet séparé de la mère dépendant, défectueux.

L’enfant voit son image totale reflétée dans le miroir, mais il y a une discordance entre cette vision globale de la forme de son corps qui précipite la formation du Moi et l’état de dépendance et d’impuissance motrice dans lequel il se trouve en réalité.

C’est par cette expérience que l’enfant peut anticiper la maîtrise de son corps.

Il se trouve fasciné par cette image du miroir qui correspond à une image idéale de lui même qu’il ne pourra jamais rejoindre mais à laquelle il s’identifie.

Lacan nomme cette identification « identification primordiale » à une image idéale de soi même. Cette identification permet de reconnaître le corps comme « entier » plutôt que comme corps « morcelé ». Le moi se forme par l’image de l’autre. L’enfant rivalise avec sa propre image dans le miroir. L’enfant va alors s’identifier aux semblables et rivaliser avec l’image de l’autre.

Le moi correspond à la captation imaginaire qui caractérise le narcissisme.

Le stade du miroir est formateur de la fonction du « je ».

Pour que l’image tienne il existe un trou dans cette image. L’image que l’autre renvoi n’est pas complète, elle reste trouée, car l’autre est aussi un être pulsionnel.

Le moi est composé d’un ensemble d’image articulé autour d’un manque.

L’entrée dans la psychose est le résultat d’un arrêt du développement qui détruit le narcissisme du moi. Le « je » ne peut plus poursuivre son projet identificatoire.

Avant de basculer dans la psychose, il y a un effondrement face à une image de lui même, mutilée et décevante. Il faudrait alors, améliorer l’image de soi pour relancer le processus de séparation et individuation. L'adolescent nécessite la présence d’un autre qui soit garant le plus possible de la consistance symbolique de la réalité.