La psychose pubertaire

 

 

 

 

La psychose ne peut être réductible à une certaine causalité directe et univoque.

On ne peut invoquer un seul ordre de causalité, comme par exemple la forclusion du nom du Père, ou faire dépendre la psychose des facteurs endogènes de telle sorte qu’il ait pu être développé spontanément chez l’adolescent. Les registres de causalités sont divers. La survenue de la psychose à l’adolescence entrave gravement le processus pubertaire. La psychose pubertaire constitue un arrêt du développement lié aux remaniements suscités par le processus pubertaire.

 

La psychose est donc le signe de l’incapacité dans laquelle l’adolescent se trouve pour faire face aux transformations corporelles vécues comme des effractions et menaçant gravement son intégrité psychique.

Laufer M. reprend l’idée du « breakdown » avancée par Freud A.

Laufer M. parle de « cassure », un breakdown du processus de développement de l’adolescent[1]. Cette cassure peut résulter de la non intégration d’une représentation de soi comme homme ou femme et qui se trouve être à l’adolescence en contradiction avec l’identité infantile, qui elle est caractérisée par la bisexualité psychique et la pré-génitalité.

Le breakdown est un mécanisme de défense comme le refoulement, le clivage, le déni, la forclusion, etc.…

Le breakdown se définit par une désorganisation et une régression dans le développement.

Dans le cadre normal du processus d’adolescence, les désirs sexuels et les identifications œdipiennes dans une identité sexuelle irréversible sont intégrées par l’adolescent. Le Moi fait alliance avec le surmoi. Ce qui est désiré et ce qui est permis aboutit à un compromis.  Mais lorsque ce compromis ne peut être réalisé on se trouve alors confronté à un problème de rupture du développement.

Il faut donc savoir si l’adolescent peut nouer des relations aux autres sans avoir recours à des mécanismes comme la projection qui le maintiennent dans une perception déformée et qui déforme les relations.

C’est la relation aux autres qui permet alors de déterminer dans quelle mesure la rupture de développement si elle a lieu crée une évolution vers un fonctionnement psychotique ou vers une rupture totale avec la réalité. On peut définir l’impasse comme l’échec du processus défensif qui était au départ capable de contenir l’angoisse.

L’impasse dans le développement précipite dans une crise aiguë du fonctionnement psychique. Le développement ne peut se poursuivre parce qu’il n’existe pas d’alternative même vers un fonctionnement régressif, car lui aussi peut être source d’angoisse.

La psychose est donc la construction défensive que certains adolescents trouvent pour échapper de cette catastrophe imminente.

La violence des processus pubertaires répond à un ensemble de dispositions familiales, organisé autour d’une configuration incestueuse, qui n’offre pas les moyens à l’adolescent de survivre au retour des éprouvés parricides et incestueux pubertaires.

Néanmoins malgré cette impasse certains auteurs s’accordent à penser que le Moi combat une telle rupture.

Selon Raymond Cahn, le processus psychotique n’est pas totalement destructeur et invalidant. Une partie du Moi peut être sauvée, elle reste clivée de la psyché et peut se révéler bien utile plus tard. Le processus psychotique rompt tous les liens et les fantasmes, pensées, actes sont rejetés à l’extérieur[2].

L’intolérable est exclut et se crée une néo réalité basée sur le déni de la réalité et le délire.

Parallèlement aux manifestations psychotiques, un Moi peut réémerger avec une appréhension plus réaliste du monde interne et externe à travers le réinvestissement progressif des objets et du monde.

L’équilibre est alors instable entre processus psychique encore actif et un moi capable d’autres ressources défensives.  Le devenir du sujet se joue à partir de là.

 Une impasse pubertaire, néanmoins, malgré le risque accrue d’une entrée dans la psychose, il peut tout de même y avoir encore une échappatoire.

 

 

[1] Laufer M.  Adolescence, Paris, PUF,1983.

[2] Voici une citation de Raymond Cahn qui reprend ces propos : « Ainsi la rupture du processus de l’adolescence ne se situe pas seulement au niveau de sa relation, narcissique et objectale, à son corps sexué, mais aussi au niveau des modalités même du fonctionnement mental, trop souvent limitant considérablement ou excluant les outils psychiques permettant l’élaboration de ce qui dans le transfert se joue de cette problématique. »