La psychose à l’adolescence

 

 

A l’adolescence le risque d’entrée dans la psychose est important. La distinction entre folie adolescente[1] et psychose doit être établie afin d’évaluer l’évolution de l’adolescent vers une structure psychotique. L’étude d’un processus psychotique à l’adolescence est difficile. Les symptômes peuvent évoluer et s’estomper. Par conséquent le diagnostic clinique de psychose à l’adolescence n’est pas toujours évident. Parfois les symptômes disparaissent et d’autres fois la perte de contact avec la réalité s’aggrave. Entre l’entrée dans la psychose et la crise d’adolescence, il existe des points communs, en effet dans les deux cas on peut observer des réactions « bizarres », un envahissement de l’anxiété, des troubles au niveau de l’image spéculaire, des oscillations entre moments d’excitations et de dépression, une tendance au repli sur soi même et à l’isolation. Le vécu d’inquiétante étrangeté observé à l’adolescence comme à l’entrée dans la psychose constitue le paradigme d’une problématique qui leur est commune.

Il faut savoir qu’une hallucination peut aussi se retrouver dans un processus non psychotique. C’est pour cela qu’il est particulièrement difficile de classer les manifestations symptomatiques à l’adolescence et les traits psychotiques. Le paradoxe s’inscrit entre une pathologie qui altère gravement la personnalité de l’adolescent, et un flou de la nosographie à l’adolescence qui situe le sujet entre le normal et le pathologique. La difficulté à définir s’il s’agit d’un moment psychotique plus ou moins réversible ou d’une entrée franche dans la psychose est patente. Suite à une période de doute la pathologie apparaît en quelques mois et facilite alors le diagnostic.

La classification du DSM prévoit des critères pour affiner le diagnostic de psychose :

- Pour parler de psychose il faut pouvoir relever au moins un des symptômes classiques de la schizophrénie (idées délirantes, hallucinations, ou troubles du cours de la pensée.)

- Noter un désinvestissement dans le domaine du travail, des relations sociales ou personnelles.

- La présence depuis au moins 6 mois d’« une phase active ».

            - L’absence d’un syndrome dépressif ou maniaque antérieur aux symptômes classiques (si ce symptôme est présent il doit être bref).

- La survenue d’une phase active avant l’âge de 45 ans.

-Enfin l’absence d’une cause organique ou d’un retard mental.

 

La question de l’évolution des symptômes à l’adolescence est un enjeu important.

 

En effet seul le temps et la fréquence des crises aiguës va pouvoir permettre de poser un diagnostic précis. Compte tenu du fait de la réversibilité des symptômes à l’adolescence il semble important et appréciable d’agir au plus vite et de manière adaptée. C’est notamment pour cela que l’on doit repérer les antécédents de l’adolescent, la clinique, ainsi que faire une évaluation de son fonctionnement mental.

 

L’adolescent non psychotique maintiendra toujours un contact adéquat avec la réalité. L’adolescent psychotique par contre aura rapidement un comportement chaotique et sans but réel.

 

Plus les symptômes apparaissent tôt, plus le risque d’entrée dans la psychose sera élevé. A l’adolescence comme à l’entrée dans une psychose, le Moi est fragilisé voir même partiellement détruit, ce qui induit une régression. C’est la réversibilité et la variabilité des moments psychotiques qui sont garants de la continuité du développement.

Lorsque l’on retrouve une fixation à ces états et qu’il n’existe pas de conflit de culpabilité, remplacé par des conflits de honte et d’infériorité et par des craintes d’abandon, il s’agit de processus qui affectent le Moi ainsi que le Surmoi et qui signent l’entrée dans la psychose. La honte à l’adolescence traduit l'inaptitude de l’adolescent à pouvoir contenir et métaboliser les éprouvés liés aux transformations corporelles (notamment à la re sexualisation du corps); et à intérioriser l’image de soi. La honte vient signer l’embarras de l’adolescent à reconstruire des idéaux intériorisant des images parentales désexualisées et désinvesties. La honte dans la psychose vient se loger à la place de la culpabilité (culpabilité due au renoncement). En effet il semble que la honte corresponde à une impossibilité de renoncer à l’inceste. Le fait de ne pas pouvoir et de ne pas souhaiter renoncer entrave gravement le processus pubertaire. On assiste alors à un arrêt du développement qui est en lien avec les changements suscités par le processus. C’est une rupture du processus de développement. Ce breakdown ne permet pas l’accès à l’adolescence ni à l’investissement génital normal. Il constitue une éclosion d’un conflit qui n’a pu être élaboré pendant l’enfance.

 

 

L’identification projective est le mécanisme de défense auquel les adolescents psychotiques ont recours massivement.

A l’adolescence, s’opèrent des modifications intra psychique au niveau du corps, de l’identité, ainsi qu’au niveau de l’équilibre entre investissement narcissique et objectal. Les changements corporels et la découverte du corps pulsionnel interrogent l’unité et perturbent l’intégrité de l’image que l’adolescent a de lui.

 Selon Laufer M., c’est la non résolution de l’Oedipe et l’impossibilité de gérer l’angoisse de castration qui est à l’origine de l’altération de la relation à la réalité. A l’adolescence le conflit Œdipien est réactivé, ainsi que l’angoisse de castration, et de l’angoisse de morcellement.

 

L’adolescent psychotique est dans l’impossibilité de gérer les conflits oedipiens. L’apparition de la sexualité génitale ouvre la possibilité à l’inceste. Le deuil des imagos parentales peut être vécu comme un meurtre. Cette agressivité est le condensé fantasmatique de toute croissance. L’adolescent lutte contre les modifications qui remettent en cause l’image de son corps ainsi que les fondements de son unité et de son sentiment d’identité. Les délires de filiations ainsi que les délires axés autour de l’idée sexuelle soulignent les troubles psychotiques de l’identité.

L’adolescent doit abandonner les images parentales et doit rechercher de nouvelles identifications. Mais il peut être envahi par la perte de cohérence de sa personne.

Le projet identificatoire est barré chez l’adolescent, apparaît alors une potentialité psychotique lorsque l’adolescent s’aperçoit de « l’écart entre ce qu’il imaginait devenir et la déception de qu’il se voit devenir »[1]. Les moments psychotiques correspondent à des tentatives de réorganisation de l’identité, de l’individualisation et de nouvelles relations d’objet de l’adolescent.

D’autres parts l’effondrement narcissique et objectal peut induire aussi une altération de la relation à la réalité ainsi qu’une perte de contact avec le réel.

 

[1] Richard F. Les troubles psychiques à l’adolescence. Paris, Dunod, 1998.